samedi 11 février 2012

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Présentation du projet

Un constat partagé

Le redoublement est une pratique dont l’efficacité est aujourd’hui remise en cause par les chercheurs et les études comparatives. (Annexe 1) Cette remise en cause tient particulièrement au fait qu’en général, le redoublement lorsqu’il n’est pas accompagné prend mal en compte les causes de l’échec et propose plutôt une répétition à l’identique d’une scolarité qui a échoué qu’une remédiation qui ne peut être qu’individuelle. Au lycée, cela se traduit par des réorientations en BEP après 2 années en seconde ! Par ailleurs, le passage en classe supérieure d’élèves fragiles n’est pas souhaitable, ces derniers étant soumis à un rythme qu’ils ne peuvent soutenir. Malheureusement peu de ces élèves décident de doubler leur 1re et vont donc à l’échec.

De la problématique à l’action, évolution d’un projet

Le constat de l’inefficacité du redoublement tel qu’il est pratiqué nous amenait à chercher des réponses aux questions suivantes :

  • Comment remotiver les doublants et faire en sorte qu’ils s’impliquent davantage plutôt que de subir ?
  • Comment faire prendre conscience à l’élève de ses compétences pour le mettre en situation de réussite ?
  • Comment éviter les décrochages qui à long terme se traduiront par l’exclusion ?
  • Comment permettre à ces élèves de retrouver confiance en eux mais aussi en l’Institution et éviter tout type de dérive ?

En résumé, comment rendre efficient un doublement.

Le premier projet (1993/1994) a été la création d’une classe exclusivement constituée d’élèves doublants : entres pairs, certains complexes disparaissent. L’objectif principal était la reprise de confiance en soi et la meilleure connaissance de soi. L’idée qui rassemblait les enseignants de l’équipe était de croire en la perfectibilité de chaque élève. (Annexe 2) Ce projet a été reconduit douze ans, mais le départ de certains membres de l’équipe, la perte de vue des objectifs initiaux due en grande partie à l’évolution du public visé, certaines contraintes institutionnelles, nous obligeaient à revisiter ce projet vieillissant que l’on sentait devenir inadapté au nouveau public. En parallèle, la création d’une classe « passerelle S » (cycle terminal en 3 ans) destinée aux élèves désirant poursuivre en série scientifique a mis en évidence que ces élèves étaient davantage motivés que les autres doublants. Cette motivation pouvait avoir plusieurs causes :

  • L’aménagement des programmes (meilleure adaptation au rythme des élèves : consolidation des acquis de seconde, découpage des notions de 1re à acquérir sur deux ans)
  • Le fait d’aborder le programme de 1re (les élèves ont un pied en cycle terminal, ce qui relativise leur échec).
  • La mise en place d’un horaire plus important en aide individualisée qui permet de mieux cibler leurs difficultés et d’élaborer un projet d’apprentissage adapté.

Certains collègues qui enseignaient à la fois dans les deux classes projet (classe de 2nde doublants et classe de 2nde passerelle scientifique) ont pu mesurer l’impact des remédiations proposées, à la fois sur la motivation des élèves, mais aussi sur les résultats scolaires. C’est ainsi qu’est née l’idée de « mixer » les deux projets, afin d’étendre à l’ensemble des doublants un nouveau dispositif. Le projet « 2nde passerelle » était mis en place à la rentrée 2005

Les modalités

L’action consiste à regrouper les élèves qui auraient dû doubler ou qui se sentent un peu fragiles pour aborder la série de leur choix dans deux classes, ceci sans tenir compte de leurs vœux d’orientation émis à la fin de leur 2nde. A ce niveau, le mélange des élèves, toutes filières confondues, nous semble être un élément de motivation non négligeable. Les classes seront alignées certaines demi-journées afin de permettre des regroupements en fonction d’enseignements modulaires choisis par les élèves selon leur vœu d’orientation.

Le premier mois est consacré à une observation fine grâce à un tutorat et à des évaluations diagnostiques afin d’aider les élèves à conforter le choix de leurs modules. L’équipe a fondé son action sur une stratégie de repérage et d’identification précoce des difficultés des élèves. Rapidité et réactivité s’avèrent être des clés essentielles pour lutter contre l’échec. Trop souvent, en effet, les élèves en difficulté accumulent lacunes, difficultés et handicaps qui s’installent durablement et compromettent leur réussite scolaire. Les modalités de repérage sont diverses et les enseignants construisent différents outils pour y parvenir.

Les élèves restent dans leur classe pour les enseignements dits de socle commun (lettres, mathématiques, histoire-géographie, ECJS, EPS, LV). Ils sont répartis en modules à certains moments (lettres, histoire-géographie, mathématiques, SP, SVT, SES, éco-gestion), les horaires de ces disciplines correspondant aux exigences de l’orientation. (Annexe 3 : emploi du temps) Les difficultés sont régulièrement repérées et identifiées. En réponse, l’équipe offre l’aide et le soutien adaptés, soit au sein d’une structure de remédiation interne à l’établissement lorsqu’il touche au savoir scolaire, soit en orientant les jeunes vers les partenaires compétents. (COP, assistante sociale, infirmière, Centre Médico Psychologique…) Après un bilan trimestriel, l’élève se voit conforté dans son choix ou conseillé de changer de modules.

A la fin de l’année, l’orientation est prononcée, et les élèves intègreront une 1re correspondant à leurs compétences, ou seront réorientés le cas échéant. Seuls les élèves passés en 1re S, regroupés avec des doublants de 1re S bénéficieront d’un dispositif analogue.

Les moyens mis en œuvre

C’est en prenant en compte les « figurants du fond de la classe », « nés mauvais élèves », « qui ne se sentent pas à la hauteur de l’Institution » et « qui semblent nous dire que seule leur présence suffit dans une classe qu’ils n’ont pas choisie » que vont émerger deux questions : comment faire pour que les élèves se réconcilient avec eux-mêmes et qu’ils reprennent confiance dans l’École ? Comment prendre en charge des élèves installés dans un échec intériorisé et « qui n’y croient plus » parce que l’image qu’ils ont d’eux-mêmes est dégradée ? La réponse est de faire en sorte qu’ils trouvent ou retrouvent du sens à leur scolarité, qu’ils soient conscients de leurs devoirs, et de leurs droits d’élève , pour être mieux à même de bâtir un projet et de le faire aboutir. Dans cette perspective, quatre grands types d’action sont mis en œuvre par les enseignants de la 2nde passerelle

Du tutorat, de l’AI élargie à des disciplines classiquement non concernées, permettent d’impliquer davantage les élèves dans leurs apprentissages. Les enseignants amènent les élèves à réfléchir, analyser et expliciter leur propres processus d’apprentissage. Grâce à ce travail sur la métacognition, ils peuvent ainsi remettre en cause les méthodes qu’ils utilisent et faire le point sur les savoir-faire fondamentaux et les compétences transversales qu’ils ont ou non acquis pour aller vers davantage d’autonomie. Apprendre à organiser son travail, à gérer son temps, apprendre à apprendre, analyser un document, savoir repérer et prendre en compte les éléments d’un énoncé, organiser sa pensée dans un raisonnement et transférer les acquis d’une discipline à l’autre sont bien des savoir-faire fondamentaux qui conditionnent la réussite et ne relèvent pas de l’implicite. Grâce à cet accompagnement personnalisé, les enseignants permettent à l’élève de retrouver des repères, de relativiser les difficultés, de modifier positivement l’image de soi ; ils lui proposent des séquences d’apprentissage à sa portée avec des objectifs fixés en fonction des compétences et non uniquement en fonction d’un niveau supposé de classe.

Un conseil de classe élargi aux élèves. Les élèves assistent au conseil (par petits groupes de trois) ; il ne s’agit plus de faire un constat « peut faire mieux », entériné par les délégués, mais il s’agit, dans le cadre d’une pédagogie de projet, d’orienter l’élève vers un type de remédiation personnalisée. Ce conseil largement préparé par le professeur principal après une réunion de l’équipe pédagogique et présidé par le Proviseur Adjoint, garant de l’Institution, est d’une durée de deux heures. A l’issue du conseil, une réunion est programmée avec les parents : l’objectif est de leur remettre en mains propres le bulletin, et surtout de l’analyser avec eux ; l’ensemble des collègues participe à cette remise personnalisée, dont l’objectif est également d’impliquer davantage les parents.

Une pédagogie de contrat :

  1. Le premier contrat c’est celui qui consiste pour l’élève à demander la classe passerelle sur la fiche d’orientation à la fin de la première année de Seconde : les professeurs de la classe passerelle étudient de près les bulletins, valident le choix des élèves ou proposent ce choix à d’autres élèves qu’ils ont repérés et qui n’avaient pas forcément demandé cette classe. Un courrier est adressé aux parents : il présente le fonctionnement, les horaires de la classe. Ils doivent renvoyer un coupon réponse qui confirme leur accord et le choix de la passerelle. Les familles qui initialement n’avaient pas fait ce choix sont contactées par téléphone par un des enseignants qui leur explique de vive voix comment fonctionne cette classe avant la réception du courrier.
  1. Durant l’année scolaire ce sont essentiellement des contrats avec l’élève qui sont passés :
    1. Lors des réunions intermédiaires les élèves qui nécessitent un suivi encore plus soutenu (problèmes de concentration en cours, de comportement - bavardages, de travail dans et en dehors de la classe) bénéficient d’une fiche de suivi à la semaine. A l’issue de chaque heure de cours l’enseignant remplit cette feuille qui est remise en fin de semaine au professeur principal. Ce suivi peut durer de quelques semaines à plusieurs mois. Cette fiche n’est pas la panacée. Cependant certains élèves sont sensibles aux différents commentaires des professeurs et sont contents de remettre une fiche satisfaisante. Ils ont peut-être aussi besoin que l’on se soucie plus d’eux.
    2. Cette année nous avons aussi expérimenté la fiche de suivi plus spécifiquement tournée vers le suivi du travail à l’intérieur du lycée :
      1. Quelques jours après la rentrée, les élèves reçoivent une feuille- CDI : ils doivent se rendre deux heures par semaine au CDI (soit ils choisissent librement leurs heures soit elles sont fixées pour toute l’année) et définir le contenu de la séance (recherches, lectures, confection de fiches de révisions…). La feuille est signée par la documentaliste. Le professeur tuteur ou tout autre membre de l’équipe peut évaluer le sérieux avec lequel cette fiche est remplie. Cette fiche a le mérite de familiariser les élèves avec le CDI (d’autres actions sont évidemment entreprises : recherches dans le cadre d’un enseignement disciplinaire, mini- tpe en passerelle L….). Nous constatons avec satisfaction en nous rendant nous- mêmes au CDI (pour nos préparations de cours) que des élèves le fréquentent en plus des deux heures hebdomadaires et aussi l’année d’après.
      2. Certains élèves, repérés lors de nos réunions- bilans, doivent une heure par semaine se rendre en salle de permanence surveillée. Ce sont essentiellement des élèves qui ont des problèmes de méthode dans leur travail. Ils doivent rendre compte au tuteur ou au professeur qui a demandé cette aide du contenu de cette heure. On espère que ces heures sont un tremplin pour inciter à travailler au lycée.
      3. Un cas jugé extrême est apparu cette année : un élève a demandé à avoir une fiche de suivi qui l’engagerait à se rendre au CDI, en permanence surveillée ou en permanence libre tous les jours pendant ses heures libres de cours de 8h à 18h. C’est un élève qui n’a pas de repère chez lui et qui éprouvait le besoin d’être encadré. Pour l’instant il est difficile de faire le bilan de l’impact de ce suivi sur la scolarité de l’élève. Cependant on envisage dans le cadre de la Première S passerelle d’étendre cette fiche aux montants de Seconde passerelle.

Si on fait le bilan :

  • Ces fiches sont nées de la nécessité de faire travailler davantage les élèves au lycée et de leur proposer un suivi plus personnalisé en fonction des vicissitudes de leurs résultats et comportements.
  • Le suivi par le professeur est difficile : nous sommes pris par le temps… Il faudrait peut-être aussi songer à proposer systématiquement ces différents suivis dès le début de l’année (à l’exception de la fiche semaine), ces heures pouvant être consignées par l’élève dans un cahier spécifique qui témoignerait de l’investissement de l’élève dans son travail.

Une concertation de tous les instants qui commence dès le mois de juin par la cooptation des collègues ; un des éléments de la réussite se trouve être une entente parfaite au sein de l’équipe et un grand nombre de collègues travaillent ensemble depuis un certain temps, ce qui n’empêche pas néanmoins l’intégration de nouveaux membres chaque année.

Travail de préparation :

L’équipe constituée va déterminer la composition des classes : sont choisis en priorité les élèves repérés lors des conseils de classe du 3e trimestre et signalés par les professeurs principaux, les familles de ces élèves ayant donné leur accord (le dispositif passerelle étant bien connu dans l’établissement, ce sont souvent les familles qui font la demande de doublement dans la classe passerelle) ; les effectifs sont ensuite complétés par étude des dossiers des élèves devant doubler ; ne sont pas retenus les élèves qui pratiquent certaines options incompatibles avec l’emploi du temps, les élèves dont le projet d’orientation n’est pas abouti, ou encore des élèves ayant fait une « année blanche » ; les familles des élèves sélectionnés sont jointes par téléphone pour accord. Toujours en juin, l’équipe se concerte avec le proviseur-adjoint pour établir un canevas d’emploi du temps ; si les enseignements dits de tronc commun sont indépendants pour les deux classes, des alignements sont nécessaires afin de constituer les modules convenant à chaque passerelle (Annexe 3). On n’oublie pas non plus d’intégrer dans l’emploi du temps des professeurs une plage commune qui permettra la concertation tout au long de l’année.

En cours d’année :

Des réunions intermédiaires au rythme d’une toutes les cinq semaines sont nécessaires pour faire le point, repérer les difficultés (des élèves, éventuellement des enseignants) ; y sont également décidés les passages de passerelle ou les contrats à mettre en place. Certaines de ces réunions sont des pré conseils de classe ou plus simplement des conseils de professeurs, ce qui permet, le jour du conseil de classe, de consacrer davantage de temps aux élèves qui y participent, le « conseil » de classe prenant alors tout son sens.

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Dernière mise à jour :
» le lundi 2 juin 2008

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